Une décennie vient de s’écouler depuis la sortie de « Man ont the moon II : The legend of Mr Rager ». Dix ans, c’est le temps qu’il aura fallu à Monsieur Scott Mescudi aka Kid Cudi, pour nous faire monter une dernière fois dans son vaisseau, direction l’espace. Revenons ensemble sur l’une des trilogies les plus marquantes du Hip-Hop.

Retour sur les premiers pas de ce voyage psychédélique

Kid Cudi est une âme torturée que la vie n’aura pas épargné dès son plus jeune âge. C’est à seulement 11 ans, qu’il découvre le corps de son père mort d’un cancer. Commenceront alors des épisodes de dépression qui le suivront toute sa vie. Il subira dès lors des visions de son père la nuit et passera désormais sa vie à fuir ces épisodes de paranoïa nocturne.

Ses cauchemars sont pourtant le point de départ de « Man on the Moon » puisque nous le suivrons dans ses rêves les plus sombres et ses cauchemars les plus profonds à travers ces trois albums.

©djbooth

Et c’est en 2009, après avoir croisé la route de Kanye West, que commence le voyage avec « Man on the Moon I : The End Of Day ». Il signe le premier album d’une trilogie ambitieuse et tragédienne de plusieurs actes comptés par le rappeur Common. Cet opus sera notamment marqué par des tubes comme « Day’ N’ Nite », son premier single. Dans ce titre, il parle de manière concrète et factuelle de ce que la dépression lui fait vivre et ressentir « jour et nuit ». Kid Cudi fait d’ailleurs référence à « Man playing trick on me » des Geto Boys, l’un des premiers son Hip- hop à aborder le sujet de la santé mentale.

©euphoriazine

Dans Man on the Moon I, « Sountrack 2 my life » et « Pursuit of hapiness » marqueront eux aussi une génération entière qui trouvera en Cudi une véritable lumière dans l’obscurité. Parmi eux, le rappeur Travis Scott, qui, comme beaucoup, remerciera Kid Cudi de lui avoir sauvé la vie à travers son art.

Scott le dira, en plus d’être la meilleure des thérapies pour lui, faire de la musique est aussi le moyen de guider les jeunes dans les périodes sombres qu’il a lui-même vécu. Il le chantera dans « Soundtrack 2 my life » : « Je me considère moi-même comme un sacrifice. Pour montrer aux gosses qu’ils ne sont pas les seuls à ne pas dormir. »

 

Man on the Moon II : The Legend of Mr Rager 

Un an seulement après le premier opus, Cudi sort « Man on the Moon II : The Legend of Mr Rager ». Ce deuxième album, plus sombre que le premier, fait référence notamment à ses problèmes de drogues en tous genres. En témoigne les titres « These worries » en featuring avec Mary J Blige où il parle de son addiction à la cocaïne, ou encore « Marijuana » dont le clip est réalisé par Shia Lebeouf.

Et si la cover du premier volet de Man on the Moon montrait Cudi en fusion avec la Lune, celle du deuxième projet est beaucoup plus sombre. On y voit Scott assis, seul dans une pièce, l’air grave et un verre d’alcool à la main, symptomatique des démons qui le rongent. La seule lueur d’espoir, c’est la  magnifique nuit étoilée qui vient du tableau derrière lui. Malheureusement, Cudi lui tourne le dos et s’enfonce un peu plus dans sa peine.

Comme pour le premier album de sa trilogie, « Man on the Moon II », est un récit en plusieurs actes. La première partie de l’album est plutôt légère, voir optimiste. On y voit un Scott insouciant s’amuser, faire la fête, boire et fumer. On assiste ensuite à la transformation de Cudi en “The Rager”, le côté sombre de Kid Cudi. On y découvre un artiste à la personnalité dissociée, il est à la fois plein d’espoir et totalement dépressif. Cette dualité il l’image dans le clip « Mr Rager » où on le voit littéralement se battre avec lui-même. Le morceau confronte Scott (sa voix claire) à Mr. Rager (sa voix grave). Mr Rager à pour but de détruire Kid Cudi. On comprend alors le combat qu’il mène inlassablement pour fuir ses propres démons, pour fuir son alter-ego.

©directorsnotes

10 ans après : le dernier voyage

Après avoir surmonté dépressions, cures de désintox, tentatives de suicide et sortie quelques albums pas toujours appréciés du public, the man on the moon is back ! En décembre 2020, 10 ans après, Cudi décide enfin de boucler la boucle et sort « Man on the Moon III : The Chosen ».

L’homme sur la lune s’est fait attendre certes, mais il revient en force avec 18 tracks, 4 actes et  3 featuring. Oui, dans ce troisième volet il est accompagné de Pop Smoke et Skepta sur “Show Out”, les trois monstres conjuguent drill et hip-hop pour nous offrir un morceau bouillant. Sur “Lovin’ Me”, Scott accueille Phoebe Bridgers pour un hymne à l’amour-propre. Dans ce titre, le rappeur prend conscience de qui il est et de ce qu’il vaut : «En regardant Scott, je sais qu’il est tout ce que j’ai ».

 Exit Mr Rager, cette fois ci il est l’élu.

Petit focus sur la cover de l’album, qui est incroyable et qui prête forcément à interprétation quand on connaît le personnage. Elle est signée Sam Spratt, un artiste qui à notamment réalisé des œuvres pour Marvel ou encore les covers de Logic. Sur le coté gauche, on y voit un Kid Cudi comme marqué par les épreuves, les coups durs et la drogue. Ce côté gauche se trouve pourtant dans un fluide aux couleurs chaudes et réconfortantes, comme pour montrer qu’il faut continuer de se battre et de garder espoir. La partie droite de son visage est représentée par un squelette, dont l’œil est remplacé par la fameuse pleine lune que l’on retrouve une fois encore. Sur cette lune, on peut clairement apercevoir la silhouette de Cudi flottant dans un vide intersidéral. Tout cela dans une colorimétrie cette fois ci beaucoup plus sombre et une texture totalement psychédélique.

©Sam Spratt

Dans ce « Man on the Moon III », Cudi reste fidèle à lui-même, mais cette fois ci, la maturité et l’apaisement ont prit place.  Le voyage commence avec « Beautiful trip » en guise de message de bienvenu. Un moyen de nous préparer à cette dernière expérience cosmique.

Après cet interlude de 30 secondes, « Tequilas Shot » nous plonge dans le propre de Kid Cudi : « As he falls back deeper », cette fois, il s’enfonce de nouveau plus profondément a tel point qu’il atteint un nouvel état de conscience. Ce morceau hyper calibré aux mélodies envoutantes, nous permet de renouer avec la débauche et la folie de Kid Cudi.

Dans le morceau suivant, on progresse dans la « défonce » avec « Another Day », plus sombre, comme si on plongeait dans un nouveau rêve, plus tard dans la nuit. L’ambiance y est complètement planante. Dans ce titre, il remercie Dieu de lui avoir donné une nouvelle chance, tout en se blâmant d’inlassablement renouer avec ses vieux démons : « Thank God I saw another day. But i can’t go escape what I have made. Ain’t much changed in me. It’s in the game, nothing changed in me ».

En résumé, dans l’acte I Cudi fait du Cudi, on y retrouve le combat qu’il mène depuis ses débuts.

Dans le deuxième acte, il évoque sa perte de contrôle comme dans « Damaged ». Ce titre, auquel à participé Mike Dean, (producteur qui a notamment travaillé sur 9 titres de l’album commun de Jay-Z et Kanye West, « Whatch the Throne ») est beaucoup moins planant mais Cudi y kick à la perfection. 

Cet acte se termine avec le tant attendu « Solo Dolo part III », dans lequel Scott évoque ses problèmes d’anxiété, de dépression et la solitude qui ne le lâche pas. Ce morceau se veut très calme et nostalgique et permet de conclure l’acte II de façon très lucide.

Le point culminant de cet album est très certainement le troisième acte “Heart Of Rose Gold” (Sad People – Lovin’ Me), véritable lumière du projet et caractéristique de la musique de Cudi et de ses fredonnements légendaires.

Il pose enfin son pied sur la Lune avec « Lord I know », il nous montre là qu’il reste debout et qu’il a définitivement tourné la page des traumatismes qui l’ont habités toutes ces années. Et c’est sa fille, Vada, qui conclut ce beau voyage : « To be continued… ».

Rachel

A.R
🦋

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