6 ans après la sortie de Gotham City, H Magnum revient enfin avec un nouveau projet rempli de fraîcheur, intitulé Bansky. C’est l’occasion pour Bunkaland de revenir sur la carrière de l’artiste Parisien avant de décrypter la recette musicale de ce nouvel album aux nombreuses influences.

H Magnum, du kickeur du 20è à l’artiste et songwriter reconnu

Né en Côte-d’Ivoire, H Magnum arrive à Paris à l’âge de 9 ans. Avant de devenir le talentueux mélodiste que l’on connaît aujourd’hui, c’est à travers le rap qu’il fait ses premiers pas dans le milieu. Il commence le rap à la fin des années 90 et sort son premier street-album Rafales en 2009. À cette époque, le rappeur du 20è arrondissement propose un rap sombre et vif, racontant la vie de rue avec dureté. L’égotrip, les jeux de flows et la technique, mêlés à une voix nerveuse et rocailleuse font sa singularité. Il enchaine en 2012 avec la mixtape Dream, suivi de Fin de Dream – Avant Gotham City en 2013. Le succès commercial de ces projets n’est pas réellement au rendez-vous, mais la reconnaissance de ses pairs et le succès d’estime, eux sont bien présents. Reconnu dans le milieu comme un rappeur technique et authentique, cela ne suffira pas à marquer franchement l’esprit du public français, à l’heure où l’industrie musicale traverse une profonde crise du disque et où rien est facile pour les artistes indépendants. Mais cette époque, c’est également celle de l’ascension fulgurante de la Sexion D’assaut et rappellez-vous, lorsque le groupe parisien performait, H Magnum n’était jamais bien loin.

La connexion avec les membres de la Sexion s’est faite au début des années 2000 après avoir rencontré Lefa à St-Blaise, quartier d’origine des deux MCs à l’époque. Convaincu par leur talent, H Magnum décide de les prendre sous son aile, allant jusqu’à les faire rencontrer celui qui deviendra leur producteur historique, Dawala. Avec ses quelques années d’avance, il était pour le groupe une sorte de mentor, de parrain, d’homme de l’ombre. Naturellement, les collaborations entre eux et lui ne se comptent plus et lui auront permis de passer un réel cap en terme de visibilité. Bien que le groupe prenne une direction légèrement pop à ce moment, H Magnum lui, décida de rester fidèle à ce qu’il faisait de mieux, le rap. C’est seulement en 2015 qu’il s’ouvre réellement au chant et prend un franc virage artistique sur l’album Gotham City. En effet, sur ce dernier, le rap est en second plan et laisse place à une couleur bien plus mélancolique, à travers beaucoup de mélodie et des textes souvent très profonds.

Cette profondeur lyricale est bel et bien l’une des grandes forces de l’artiste. Parfois discret en tant qu’interprète, il sait néanmoins faire parler sa plume au profit d’autres artistes comme Kendji, Vitaa, Julien Doré ou encore Maître Gims. Son talent d’auteur est réellement reconnu dans le milieu et les rappeurs ne sont pas les seuls à faire appel à lui pour co-écrire ou co-composer des titres.

La sortie du EP Obade à l’été 2020 fut l’occasion pour H Magnum de s’exercer sur des morceaux à sonorités africaines ; une direction qu’il avait déjà entreprise sur Gotham City avec des titres comme J’dois y aller ou Au pays de la Tour Eiffel. Ce créneau mêlant afro et urbain est devenu incontournable dans le hip hop depuis l’arrivée du courant afro trap en 2016. Il a en effet directement parlé à l’artiste d’origine Ivoirienne, qui à désormais décidé de s’orienter franchement dans cette direction, qu’il avait déjà pu tester auparavant. Un joli mélange entre musique africaine et musique dite « urbaine » ; ainsi est l’univers séduisant de son dernier album.

Pochette officielle de l’album “Bansky”

Bansky, la recette d’un album fait avec le coeur

Sur l’album Bansky, l’influence de la musique Naija est visiblement plus qu’une inspiration. Sur 20 titres, pas loin de la moitié s’inscrivent dans ce courant (Medusa, Bansky, Mathilda …). Bien que la forme musicale (portée par l’influence d’artistes comme Burna Boy ou Wizkid) ne soit pas vraiment novatrice, l’artiste garde malgré tout une certaine singularité. En gros, avec Bansky, H Magnum propose un plat que l’on connaît, mais revisité d’une nouvelle recette.

Ă€ l’heure ou l’Afrobeats le plus populaire se tourne vers un discours plus lĂ©ger et insouciant, l’artiste parisien tente de revisiter le style NigĂ©rien qu’il apprĂ©cie beaucoup en y incorporant des textes plus profonds, ainsi qu’une couleur française, made in Paris. Proposer un nouveau style de musique Naija, Ă  l’influence urbaine parisienne et aux textes plus travaillĂ©s ; tel est le challenge de ce nouvel album. « C’est un album dans lequel j’ai essayĂ© de mettre ma meilleure recette. (…) Je suis Africain, je suis dans les couleurs chaudes, j’ai fait un album chaleureux, mais au fond il est profond cet album, c’est ça Bansky.”, a-t-il confiĂ© sur sa page Instagram. Un artiste accompli et Ă©panoui qui chante la duretĂ© de son passĂ©, voilĂ  comment on pourrait dĂ©crire sa musique actuelle. Les mĂ©lodies et les sonoritĂ©s sont joyeuses mais sont mĂŞlĂ©es Ă  une voix souffrante et des paroles parfois tristes. Comme il le dit sur le morceau Bansky, « Ă§a danse mais c’est profond Â». C’est cette ambivalence qui caractĂ©rise une bonne partie de ses morceaux.

L’un des meilleurs exemples de cette fusion entre le fond et la forme est le morceau Ecol’O.G. Au-delĂ  de chanter nĂ»ment sa dĂ©pression suite Ă  une rupture amoureuse, il va habilement et avec un peu d’humour faire un parallèle Ă  l’écologie. H Magnum se met dans la peau d’un « OG » (original gangster) le cĹ“ur brisĂ©, plongeant dans la consommation de weed pour oublier sa tristesse. La subtilitĂ© rĂ©side en fait dans le double sens du terme OG, qui veut Ă©galement dire « Ocean Grown », faisant rĂ©fĂ©rence au type de terrain de plantation dont est issue la plante mĂ©dicinale. Comme l’illustre le titre, le morceau tourne donc autour de la mĂ©taphore du cannabis et de son aspect de plante verte, envers la notion d’écologie. « Mon cĹ“ur tu l’as scindĂ© / Et je ne dors plus la nuit, je fume que la weed, t’as vu maintenant j’suis Ă©colo / Baby gyal tu m’as rendu Ă©colo / (…) J’me soigne Ă  la beuh, j’suis un Ă©colo / C’est Babylone qui m’a rendu Ă©colo ». Certes, rien de transcendant au niveau poĂ©tique, mais tout de mĂŞme un peu de recherche et un petit concept amusant derrière la simple forme mĂ©lodique et entrainante.

La technique lyricale et la subtilité des assonances est également plus que présente sur Te Quiero. On vous épargnera cette fois-ci le commentaire de texte, même s’il faut reconnaître que ce travail d’écriture se fait de plus en plus rare sur les morceaux joyeux et festifs de ce genre.

Soirée De Promo "Banksy" De H MAGNUM | Agence Lénam Stylist

Concernant les featurings, on peut sans surprise retrouver son accolyte Gims, ainsi que Dadju, Franglish, Fally Ipupa, Imen ES, Naps, Ap Tyl, Maud Elka et la douce voix de Ophi. Ses confrères Ivoiriens Vegedream et Kaaris avec qui il avait déjà collaboré sont eux aussi une nouvelle fois de la partie.

Après avoir teasé l’album via la sortie des clips de Te Quiero, Ecol’O.G, Medusa avec GIMS, puis le titre éponyme de l’album Bansky avec Dadju, H Magnum nous avait laissé entrevoir un album pleinement inscrit dans la tendance musciale Nigérienne. Mais en réalité, le projet est bien plus riche que ça. De la trap chantée sur Kelly, des bangers entrainants sur les featurings avec Kaaris, Naps et Franglish, un peu de Drill mélodieuse mêlées à des sonorités africaines sur Medellin avec Vegedream et sur Mélanine, de la rumba 2.0 modernisée avec la Trap sur Solo, le morceau avec Fally Ipupa, et enfin des titres plus mélancoliques et planants avec Vingt Deux et Étoile Filante. Bref, de quoi voyager pendant une petite heure.

L’éclectisme de ce projet est en effet probablement sa plus grande force, conservant malgré tout une direction et une cohérence dans l’ensemble. L’ovni de l’album est clairement le morceau Ouragan. Sur ce track, le H revient en mode kickeur sur une prod trap de Le Bryx. Loin du profil hardcore de ses débuts, ici, il parraît beaucoup plus détendu en rappant avec classe et en toute détente. Ce côté détaché, confiant, presque nonchalant a toujours été présent chez lui, mais se retrouve en effet de plus en plus dans sa musique. La détermination et la hargne des années 2000 semble bien avoir laissé place à un artiste assumant pleinement sa position. Une place d’homme de l’ombre, tenue par un artiste respecté et qui a déjà beaucoup prouvé. Ainsi, on peut se questionner à propos de la suite du parcours d’H Magnum, alors qu’aucun projet n’est à ce jour annoncé pour la suite.

En attendant, on vous laisse savourer ces 20 nouveaux titres, soigneusement rĂ©alisĂ©s, ainsi que le clip du morceau Goudou qui vient de sortir. Ça s’appelle Bansky et c’est dispo depuis le 26 novembre dans les bacs et sur toutes les de streaming et de tĂ©lĂ©chargement lĂ©gal. Bonne Ă©coute…

Paul Mouallem

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